publié le 31/01/2024

Temps de lecture : 9 minutes

Les points importants

NUCLÉAIRE

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en France a déclaré que le démarrage de l’EPR de Flamanville (1,6 GW) à la mi-2024, tel que souhaité par EDF, n’était pas garanti. Le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk, a indiqué que la mise en service serait « très tendue » en raison de l’attente d’éléments cruciaux pour prendre une décision. EDF doit fournir des justifications sur la préparation globale du site pour son fonctionnement, notamment des attestations de conformité d’équipements sous pression et des retours d’expérience des essais, y compris celui de l’EPR finlandais Olkiluoto 3. Si EDF fournit les informations manquantes à temps, le chargement du combustible en mars reste possible, mais il n’y a aucune marge pour les retards. L’ASN doit organiser une consultation publique d’un mois avant de délivrer une autorisation de démarrage au plus tard début avril. Si tout se déroule comme prévu, des essais et des montées en puissance progressives auront lieu pendant au moins huit mois, avec une pleine puissance de l’EPR prévue à la fin de l’année. EDF vise l’injection des premiers atomes dans le réseau à mi-année, avec un retard de douze ans sur le calendrier initial et des dépassements de budget significatifs. Le réacteur devrait produire 14 TWh jusqu’à son premier arrêt planifié en 2026. 

ALERTE SUR LA SÉCURITÉ NUCLÉAIRE EN FRANCE 

Un projet de loi visant une réforme majeure de l’organisation de la sécurité nucléaire en France suscite des inquiétudes parmi les experts. Proposé par l’ancienne ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, le projet prévoit la suppression d’un pilier de la sûreté nucléaire française, fusionnant l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pour créer l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Bien que soutenu par le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk, le projet suscite des réserves parmi les employés de l’IRSN et les syndicats, qui craignent une baisse du niveau de protection de la population, une désorganisation du travail de l’organisme, et une potentielle diminution de la transparence et de l’indépendance des avis. La réforme, si elle est adoptée, entrerait en vigueur le 1er janvier 2025. 

GRÈVES CHEZ EDF

Les employés d’EDF et de ses filiales, représentés par les quatre principaux syndicats (CFE-CGC, CGT, CFDT et FO), ont lancé une grève de 24 heures pour réclamer des augmentations salariales. La grève, débutée à 21h00 CET, risque de causer des baisses de production et des retards de maintenance. Les sites de l’entreprise sont touchés, mais l’impact sur la production reste incertain. Certains sites, comme Cruas 2 et Bugey 5, ont déjà été affectés par des retards de redémarrage. À Paluel 2, les grévistes envisagent de retarder la maintenance prévue pour le 2 février. La direction propose des augmentations salariales d’environ 2%, tandis que la CGT demande des hausses de 6,6% liées à l’inflation. Bien que la mobilisation soit moins importante que lors de précédents mouvements, la situation évoluera en fonction de la participation des employés. D’autres grèves salariales sont également prévues chez Enedis et RTE. En réaction à la grève, le prix du contrat d’électricité pour livraison mardi a augmenté de 1,64 EUR/MWh par rapport à celui de lundi, atteignant 78,03 EUR/MWh.  

La France ne parviendra pas à atteindre son objectif éolien de 31,5 GW en 2028, selon le baromètre des énergies renouvelables 2023. La puissance installée du parc éolien terrestre devrait être inférieure de 1,7 GW à la fourchette basse de l’objectif en raison des lourdeurs administratives et des contraintes réglementaires. Le développement de l’éolien terrestre a reculé de 10% au cours des trois premiers trimestres de 2023 par rapport à la même période de l’année précédente, avec une puissance installée de 21,956 GW fin septembre. Les contraintes réglementaires et les lourdeurs administratives réduisent le foncier disponible à 20% du territoire pour les projets éoliens. La filière solaire, en revanche, connaît une croissance spectaculaire, avec 2,3 GW de nouvelles capacités installées au cours des trois premiers trimestres de 2023, atteignant une puissance totale de 18,988 GW. Cette croissance est soutenue par l’installation de petites puissances et la baisse des prix des cellules photovoltaïques.

Les marchés de l’énergie


Electricité :

À partir du 1er février 2024, les tarifs réglementés de l’électricité d’EDF augmenteront en moyenne de 8,6% à 9,8%. Cette hausse, confirmée par le ministre Bruno Le Maire, est motivée par le retrait du Bouclier Tarifaire, entraînant une augmentation des taxes, notamment la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE). Les conséquences financières varient selon les profils de consommateurs. Globalement, cette augmentation représente une hausse de 43% à 44% sur deux ans.

Baseload 2025

Prix de clôture du  30/01/2024 :
78,45 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 :
+3,37 %

Baseload 2026

Prix de clôture du 30/01/2024 : 71,27 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 
+1,31 %

Baseload 2027

Prix de clôture du 30/01/2024 :
68,60 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 
-0,58 %

Baseload 2028

Prix de clôture du 30/01/2024 :
65,00 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 :
+0,74 %

Peakload 2025

Prix de clôture du 30/01/2024 :  90,76 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 : +0,52 %

Peakload 2026

Prix de clôture du 30/01/2024 : 85,79 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 : -1,58 %

Peakload 2027

Prix de clôture du 30/01/2024 :
85,50 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 :  -1,00 %

Peakload 2028

Prix de clôture du 30/01/2024 :
82,84 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 : -0,74 %

Gaz naturel : 

Les prix du gaz augmentent également en raison d’une hausse de l’accise sur le gaz, entraînant une augmentation annuelle de 96 à 180€ sur la facture. La relève de l’accise sur l’électricité et la hausse du tarif réglementé de vente (TRV) font partie des mesures fiscales liées à la sortie du Bouclier Tarifaire, signalant un retour à la normale selon le gouvernement. Le montant exact de l’augmentation de l’électricité sera confirmé ultérieurement, soit à la fin du mois dans le Journal officiel ou lors de l’annonce de la politique générale par le Premier ministre, Gabriel Attal, le 30 janvier 2024. 

Malgré le niveau de stockage supérieur à la moyenne, la disponibilité accrue de l’énergie nucléaire, et l’offre norvégienne proche de son optimum, les prix du gaz ont connu une légère augmentation, influencés par les tensions en Mer Rouge. En effet, une prime de risque semble avoir été intégrée récemment aux prix. 

D’autre part, Joe Biden a annoncé un moratoire sur la construction de nouveaux terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) aux États-Unis, mettant en avant la menace climatique. Les États-Unis, premier exportateur mondial de GNL, ont dirigé environ la moitié de leurs exportations vers l’Europe en 2023, suite à la fin des importations de gaz russes par le continent après l’invasion de l’Ukraine. La décision fait suite aux demandes de plus de 250 organisations environnementales lors de la COP28. Les préoccupations portent sur les impacts environnementaux, notamment la santé publique et les émissions de gaz à effet de serre liées aux projets de terminaux méthaniers. La ministre de l’Énergie, Jennifer Granholm, a déclaré qu’aucun nouveau permis d’exportation ne serait délivré avant la mise à jour des analyses économiques, environnementales et de sécurité nationale par le ministère américain de l’Énergie. Actuellement, 79 % de la production américaine de gaz provient du gaz de schiste, soulevant des préoccupations environnementales liées à la fracturation hydraulique. Bien que le gaz soit moins émetteur de CO2 que le pétrole et le charbon, son extraction et son transport présentent des risques d’émissions de méthane, un gaz au potentiel réchauffant dix fois supérieur au CO2. Cette décision pourrait affecter les capacités d’importation de GNL en Europe, déjà jugées potentiellement surdimensionnées par certains experts.  

D’autre part, la Russie, confrontée à l’expiration de l’accord de transit avec l’Ukraine à la fin de 2024, se déclare prête à entamer des discussions avec l’Union européenne sur l’approvisionnement en gaz naturel. Actuellement, en vertu d’un accord de cinq ans conclus en 2019 entre Moscou et Kiev, la Russie exporte du gaz vers l’Europe via l’Ukraine, rémunérant ce pays pour l’utilisation de son réseau de gazoducs. Bien que cet accord ait persisté malgré le début de la guerre en Ukraine en février 2022, les livraisons de gaz russe vers l’Europe ont connu une baisse depuis cette période. Le vice-premier ministre russe, Alexandre Novak, déclare être prêt à discuter, mais souligne qu’un tel désir n’est pas encore perceptible du côté ukrainien. Les autorités ukrainiennes avaient précédemment déclaré qu’elles n’envisageraient pas de prolonger l’accord de transit du gaz avec la Russie. Un responsable de l’Union européenne a refusé de spéculer sur une éventuelle prolongation au-delà de 2024, mais a affirmé que l’UE évaluait tous les scénarios pour garantir sa préparation. En raison du conflit en Ukraine, l’Europe s’efforce de diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique et de favoriser les énergies renouvelables. Cependant, Gazprom, le monopole d’exportation de gazoducs contrôlé par le Kremlin, continue d’expédier du gaz via l’Ukraine. 

Gaz 2025

Prix de clôture du 30/01/2024 : 32,85 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 :
+2,58 % 

Gaz 2026

Prix de clôture du 30/01/2024 :
29,80 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 :
+1,84 %

Gaz 2027

Prix de clôture du 30/01/2024 : 27,51 €/MWh

Variation depuis le 23/01/2024 : +1,40 %

Pétrole : 

L’augmentation des tensions en mer Rouge a conduit à une hausse du prix du pétrole brut, atteignant plus de 80 $ par baril la semaine dernière. Cette montée des prix a été alimentée par une nouvelle attaque contre un pétrolier dans la région, soulignant les risques géopolitiques pour l’approvisionnement en brut. La réduction significative des stocks américains et les efforts de relance économique en Chine ont également contribué à maintenir les prix à des niveaux élevés. 

Sur une base hebdomadaire, le prix du Brent ICE a augmenté de 3,5 % pour atteindre 81,1 $/b, tandis que le WTI a gagné 4,0 % pour atteindre 76,0 $/b. Les économistes interrogés par Bloomberg prévoient une stabilité des prix, avec un Brent à 82,5 $/b au premier trimestre et 83,0 $/b au deuxième trimestre. 

Les tensions persistantes en mer Rouge commencent à entraîner des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement et l’inflation. Les attaques répétées ont incité certains constructeurs automobiles européens, tels que Volvo, Tesla et Stellantis, à annoncer des arrêts temporaires ou des ralentissements de la production. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, s’est également exprimée sur les préoccupations liées aux perturbations des chaînes d’approvisionnement et à leur impact sur la lutte contre l’inflation. 

L’attaque récente par les Houthis d’un pétrolier transportant du pétrole russe dans le golfe d’Aden a accentué les craintes de perturbations majeures du commerce mondial. Bien que le marché ait résisté jusqu’à présent, la persistance et l’escalade des tensions ont commencé à affecter le trafic dans le détroit de Bab El-Manded, avec une baisse de 10 % pour les cargos et une augmentation de 6 % pour les pétroliers la semaine dernière, selon le FMI. Comparé à la même période de l’année précédente, le trafic a chuté de 56 % pour les cargos et de 46 % pour les pétroliers. 

Cependant, avec la persistance du conflit entre Israël et le Hamas, il semble probable que les Houthis, alliés au Hamas, maintiennent leurs actions perturbatrices dans le trafic maritime en mer Rouge. Par conséquent, les risques semblent orientés à la hausse pour les cours du pétrole, influencés par ces tensions géopolitiques persistantes. 

Brent

Prix de clôture du 30/01/2024 : 82,13 $/bbl

Variation depuis le 23/01/2024 :+4,16% 


Droits d’émission CO2 :  

Depuis le début de l’année 2024, les prix des émissions de CO2 ont considérablement diminué. Après avoir culminé près de 80 € par tonne à la fin de l’année dernière, le prix de la tonne de CO2 est retombé en dessous de 70 € par tonne. Cette baisse continue des prix du carbone est principalement attribuée à des fondamentaux énergétiques baissiers. 

La Commission européenne envisage de faire du dioxyde de carbone (CO2) un « produit commercialisable », selon un document sur la gestion industrielle du carbone, dont la publication officielle est prévue le 6 février. Le texte, qui prépare le terrain pour le recyclage chimique du CO2 capturé ou de son utilisation comme carburant pour le transport maritime et aérien, propose une approche au niveau de l’UE pour établir un marché unique européen de gestion du carbone à l’échelle industrielle. Pour atteindre la neutralité climatique d’ici 2050, l’UE devrait être prête à capturer au moins 50 millions de tonnes de CO2 par an d’ici 2030 et jusqu’à 450 millions de tonnes d’ici 2050, selon le document. L’objectif final est de faire du CO2 un produit commercialisable d’ici 2040, soutenu par des chaînes de valeur régionales et une infrastructure de transport et de stockage à l’échelle de l’UE. 

CO2

Prix de clôture du 30/01/2024 : 63,52 €/t

Variation depuis le 23/01/2024 : +0,76 % 


Garanties d’origine  : 

Le prix des garanties d’origine (GO) françaises a chuté à 1,47€ /MWh lors des premières enchères mensuelles de l’année, marquant son plus bas niveau depuis mars 2022 en raison d’une augmentation de l’offre. Les GO éoliennes ont représenté 2,7 TWh de l’offre totale de 3,8 TWh, avec un prix moyen pondéré de 1,43 €/MWh, tandis que les GO solaires se sont vendues à 1,58€/MWh. Cette baisse s’explique en grande partie par des conditions plus venteuses en octobre, entraînant une hausse de l’offre. Les prix des GO se sont situés dans une fourchette de 1,43 à 1,58 €/MWh, reflétant également les niveaux du marché de gré à gré, où le contrat de référence de l’hydraulique nordique Cal 23 a récemment été négocié autour de 1,50 et 1,54 €/MWh. 

En parallèle, le prix des garanties d’origine (GO) italiennes produites en 2023 a enregistré une baisse moyenne de 28% lors des enchères mensuelles de jeudi par rapport à la vente de décembre, selon les données de la bourse de l’énergie GME. Les GO se sont négociées dans une fourchette moyenne de 1,16 et 3,50 €/MWh, par rapport à 3 et 3,50 €/MWh un mois plus tôt, malgré des volumes échangés similaires d’environ 70 GWh. Les GO hydroélectriques, solaires, éoliennes et thermiques ont été vendues à des prix respectifs de 1,95 et 2,95 €/MWh, de 1,16 et 2,50 €/MWh, 1,81 et 3,50 €/MWh et 1,90 et 2,46 €/MWh. Les prochaines enchères auront lieu le 22 février. 

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