newcleo, jeune société franco-italienne du nucléaire, veut faire flotter ses réacteurs. Avec Bureau Veritas et ABMI, elle lance n-Floating, l’étude d’une barge capable d’accueillir plusieurs réacteurs. L’idée : produire de l’électricité au plus près des ports, des industries et des territoires isolés.
n-Floating : une barge nucléaire conçue en France
Fin août 2026, un consortium mené par newcleo a obtenu un soutien de Bpifrance. La banque publique finance dix-huit mois d’études pour le projet n-Floating, au titre de son appui à la décarbonation du secteur maritime.
Trois acteurs français portent le projet. newcleo apporte la technologie de réacteur. Bureau Veritas Marine & Offshore assure l’expertise de certification. ABMI fournit l’ingénierie.
Le principe est simple à décrire. Une barge sans moteur, amarrée, accueille un ou plusieurs réacteurs. Elle produit de l’électricité sur place, puis l’injecte sur le réseau local. On construit l’unité en usine, on la remorque, on la raccorde.
Quelle technologie embarquée ?
Le projet repose sur le réacteur LFR-AS-200 développé par newcleo. C’est un réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb liquide (RNR-pb, ou LFR en anglais). Sa puissance atteint 200 mégawatts électriques (MWe) par unité.
Sa particularité tient au combustible. Ces réacteurs de quatrième génération se distinguent des installations qui composent aujourd’hui le parc nucléaire français : ils fonctionnent au MOX, fabriqué à partir de matières nucléaires recyclées. newcleo mise sur cette « circularité » pour réduire le volume de déchets.
À quoi servirait une centrale nucléaire flottante ?
Les débouchés visés sont variés. Une barge pourrait alimenter un port et sa zone industrielle. Elle pourrait aussi desservir un territoire isolé, mal raccordé au réseau (une logique proche du micro-réseau qui assure l’autonomie énergétique de certaines zones) ou faire tourner une usine de dessalement.
newcleo cite d’autres usages énergivores. La production d’hydrogène et de carburants bas-carbone en fait partie. L’alimentation des data centers, dont la consommation grimpe, revient aussi souvent.
L’argument central est la mobilité. Le consortium s’appuie sur le savoir-faire des plateformes pétrolières offshore, qui produisent en mer depuis des décennies. Le pari : marier ces techniques maritimes éprouvées avec le nucléaire de nouvelle génération.
Un concept déjà expérimenté ailleurs
Le nucléaire flottant n’est pas une nouveauté. La Russie exploite depuis 2020 l’Akademik Lomonosov, une barge à deux réacteurs dont l’exploitation reste soumise aux normes internationales de sûreté nucléaire. Sa construction avait pris treize ans, contre quatre prévus au départ.
La Chine développe elle aussi ses propres centrales flottantes, pour ses zones insulaires isolées. Tous ces projets butent sur la même question réglementaire : qui délivre l’autorisation d’un réacteur construit dans un pays, puis exploité dans un autre ? La réponse n’est pas tranchée.
Un calendrier encore lointain
Rien n’est acté à ce stade. L’étude n-Floating doit durer dix-huit mois. Elle débouchera sur une feuille de route pour un éventuel déploiement industriel.
newcleo vise cet horizon autour de 2036. La société avance en parallèle sur d’autres fronts : un réacteur de démonstration à Chinon (Indre-et-Loire) et une usine de combustible MOX. Le nucléaire flottant reste, pour l’instant, une piste à explorer.